Communication non-violente et polyamour

Polyamory Pride in San Franciso. PretzelPaws CC-BY-SA

Une dimension éthique

Le blog Les questions décomposent a traité il y a quelques temps des liens entre le polyamour et le véganisme. Partant du constat rapide et empirique d’une proportion, plus importante que la moyenne, de polyamoureux sur les groupes Facebook véganes, et vice-versa, l’auteure de l’article propose des explications allant de la capacité des personnes concernées à critiquer les normes sociales en général, à un rapport particulier de celles-ci avec les dominations de tout type (refus de l’appropriation du corps de l’autre).

Etant moi-même à la fois polyamoureuxse et antispéciste, je souscris tout à fait à l’analyse de l’Olf, d’autant que c’est en suivant un blog traitant de véganisme (les Questions composent) que j’y ai découvert le concept de polyamour. La remise en cause des normes alimentaires et le fait de creuser les principes qui sous-tendaient tout cela m’ont conduit à remettre en cause tout naturellement à leur tour les normes sociales amoureuses.

Petite définition pour ceux qui ne connaissent pas ce concept : le polyamour n’est pas le libertinage! il s’agit de vivre plusieurs histoires, amoureuses et/ou sexuelles, en parallèle, avec le consentement éclairé de toutes les parties concernées. Chaque situation polyamoureuse à ses particularités, ses règles, puisqu’il s’agit de déterminer entre les différentes parties un mode de fonctionnement qui conviendra à chacun, donc tout est ouvert et négociable (polysolo, trouple, partenaires prioritaires ou anarchie relationnelle, etc).

Aujourd’hui, je suis en couple avec une personne qui souhaite une relation exclusive, et cela ne me pose pas de problème particulier car j’ai envie de vivre cette histoire-là dans toute son intensité et sa profondeur, et n’éprouve pas actuellement le besoin d’autre.s partenaire.s. Malgré ce choix assumé qui, à moins que mon partenaire change d’avis, durera autant que durera cette relation, je continue de me définir par essence polyamoureuse, car je sais qu’il est possible d’être amoureuse de plusieurs personnes en même temps et de vivre plusieurs histoires en parallèle, en toute transparence. C’est comme une porte ouverte : je sais qu’elle existe, mais cela ne veut pas dire que j’aurai envie de la franchir un jour.

En tout cas, ce que j’ai envie de retenir dans le polyamour, c’est sa dimension éthique : il s’agit de vivre des relations amoureuses d’une façon qui se veut la moins normative, la plus inclusive et la moins nuisible possible, exactement comme l’antispécisme dans le cadre de nos relations avec les animaux.

Différencier besoins et stratégies

Pour compléter ce constat, je voudrais aujourd’hui faire le lien entre le polyamour et une autre notion qui a été capitale dans ma vie et qui a facilité mon adhésion aux principes du polyamour : la Communication non-violente.

La Communication non-violente (CNV) a été théorisée et mise en pratique par le psychologue humaniste Marshall Rosenberg aux Etats-Unis dans les années 1960. L’idée générale qu’il défend est que les conflits entre les personnes (ou même nos conflits intérieurs) naissent de besoins universels (appartenance, reconnaissance, sécurité, liberté etc…) non nourris, et de la confrontation entre les stratégies contradictoires mises en place par les antagonistes pour nourrir ces besoins.

Schématiquement, ce que Marshall Rosenberg dit, c’est que si les besoins des êtres humains sont globalement identifiables et en nombre limité, les stratégies pour les nourrir sont infinies et demandent seulement de la créativité.

Exemple : le besoin de reconnaissance est universel, en ce sens où chaque être humain l’éprouve à un moment ou un autre de sa vie. En revanche, le besoin de reconnaissance au travail n’est déjà plus un besoin, c’est une stratégie pour nourrir le besoin de reconnaissance. Certaines personnes alimentent leur besoin de reconnaissance à un moment de leur vie via le travail, d’autres s’y prennent autrement. Moi qui était très dépendante de mon statut au travail, cette réalisation a changé ma vie!

En nous entraînant à identifier, derrière nos frustrations face aux stratégies inefficaces, nos propres besoins et ceux de notre entourage, Marshall Rosenberg propose donc aussi de diversifier les ressources de chacun pour atténuer ces frustrations. Vous avez un besoin non-nourri et vous en souffrez? Avez-vous réfléchi à toutes les stratégies possibles pour le combler? si vous comptez sur une personne ou un événement en particulier pour régler votre problème, vous êtes coincé!

Ainsi, si j’ai la croyance que je dois trouver dans une seule relation amoureuse de quoi nourrir de nombreux besoins à la fois, comme : la sécurité matérielle, affective, le jeu, la célébration, la confiance, la reconnaissance, la stimulation, l’authenticité, le sens, la spiritualité, etc…, je risque de me retrouver en souffrance à chaque fois que cette relation amoureuse sera en échec pour nourrir l’un de ces besoins.

Lors du premier cours de CNV que j’ai suivi, le polyamour a été cité tout naturellement comme exemple par la formatrice à la suite du postulat que la fidélité dans le couple n’était pas un besoin en soi, mais une stratégie pour nourrir un/des besoins comme la sécurité, la confiance etc

Cela ne veut pas dire, pourtant, que le polyamour soit très développé dans le monde des pratiquants de la CNV. L’inverse n’est a priori pas garanti non plus. Une rapide recherche sur le web permet de trouver une poignée de références à la Communication non-violente dans le monde polyamoureux : ateliers de formation à Paris ; évocation rapide et fort intéressante dans un article de l’Olf. C’est donc une ressource qui peut être citée, mais qui n’est pas forcément centrale dans ce milieu. Il n’y a pas de passerelle explicite entre ces deux philosophies de vie.

Mieux se connaître et s’écouter au quotidien

Pourtant, à mon sens, le travail qui est fait en CNV de différenciation des besoins et des stratégies est pour moi très proche de ce que devront faire les polyamoureux au quotidien pour organiser leurs relations. De la même manière qu’une bonne pratique de la communication non-violente implique au préalable un gros travail sur soi et ses émotions pour identifier ses propres besoins, pas toujours évidents, une personne polyamoureuse devra au quotidien être capable de savoir et de sentir quels sont ses besoins nourris et non-nourris, et imaginer les stratégies les plus adaptées pour y répondre elle-même ou trouver les bonnes personnes à solliciter.

Cette compétence est précieuse pour trouver le chemin du bonheur!

Le blog KimchiCuddles est une source très riche pour se représenter le quotidien des polyamoureux dans sa diversité ; et les valeurs d’ouverture, d’attention aux autres et à soi-même qui sont prônées derrière ce mode de vie.

Ici, une discussion entre deux personnages :  » – Vivre une seule relation amoureuse peut être déjà très compliqué, ce doit être bien difficile que de traverser les hauts et les bas de plusieurs relations en même temps? – OUI, mais cela m’oblige à construire une très forte relation avec MOI-MEME au centre de tout cela, de prendre le temps de faire les choses que j’aime, de me préparer de bons petits plats, de m’écouter… et de m’autoriser à vraiment vivre mes émotions plutôt que de les évacuer. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s