Confinement jour #9

Bouquet – photo Crookemadame, CCzero

A deux dans une grande maison avec jardin, avec mes trois enfants une semaine et du télétravail l’autre semaine, je fais partie des privilégiés du confinement. Le stress et l’anxiété sont pourtant des compagnons de route bien embarqués!

Je ne sais pas pourquoi j’ai à ce point besoin de me connecter aux autres, au monde dans une telle période. Je ne sais pas pourquoi il m’est si important de me mettre en phase émotionnellement avec ceux qui vivent des moments difficiles, alors que ça ne les aide pas, et que cela me met pourtant dans une situation psychologiquement et mentalement épuisante à tenir.

J’ai supprimé les applications d’informations et Twitter sur mon téléphone ce matin. Cela ne m’a pas empêché de m’y connecter trois fois en quelques heures, depuis mon ordinateur.

Comme tout le monde, j’ai partagé depuis le 15 mars dernier des mèmes idiots et des astuces de confinement sur WhatsApp, fait consciencieusement l’école à la maison, consulté religieusement chaque jour les dernières statistiques de contaminations et de décès dans le monde, suivi de près la polémique sur la chloroquine, appelé des copines, rendu des visites distantes et sécurisées à ma voisine âgée…

Je n’arrive plus à me concentrer pour lire des livres ou regarder des films ou séries. Je dors mal, et traîne toute la journée une fatigue d’autant plus absurde que je devrais pouvoir prolonger un peu mes nuits le matin ou faire des siestes facilement…

J’ai appris un nouveau mot : « prophylactique ». Je sais désormais ce que mes enfants apprennent à l’école, leurs points faibles et points forts dans chaque matière, ce qui marche pour les motiver et ce qui ne marche pas. J’ai repris le tricot et le tressage de couronnes de pâquerettes. Mais je me sens toujours aussi perdu.e et incapable de profiter de l’instant présent.

Ce qui me fait le plus peur? l’après-confinement. Je sens sur les réseaux sociaux la colère et la rage des gens, leur sentiment d’impuissance, l’humiliation des laissés pour compte. Si cette étrange période aura eu le mérite de mettre sur pause certains de mes soucis, je sais que ce n’est que provisoire et quelque part, je les traîne toujours avec moi.

Il y a ce qui dépend de nous, et ce qui ne dépend pas de nous, dit Epictète. Je le sais bien… et après, je fais quoi?

J’ai relu des passages du Pouvoir du moment présent d’Eckart Tolle, qui rappelle que nous vivrions notre vie de façon plus réelle et concrète en nous concentrant autant que possible sur notre instant présent, utilisant notre mental pour faire de brèves incursions dans le futur et dans le passé, plutôt que l’inverse.

Prenez profondément conscience que l’instant présent est toujours uniquement ce que vous avez. Faites de l’instant présent le point de mire principal de votre vie. Tandis qu’auparavant vous habitiez le temps et accordiez de petites visites à l’instant présent, faites du « maintenant » votre lieu de résidence principal et accordez de brèves visites au passé et au futur lorsque vous devrez affronter des aspects pratiques de la vie. Dites toujours « oui » au moment présent.

Plus facile à dire qu’à faire! Je reproche à l’ouvrage d’Eckart Tolle d’être un peu trop « manichéen » et trop souvent dans l’injonction contradictoire (exemple : « Prenez garde à toute manifestation de défensive chez vous » – sic). Je préfère l’approche d’Isabelle Padovani qui suppose que l’accueil inconditionnel consiste « non pas à accueillir tout ce qui est, tout ce qui survient mais tout ce qui se passe en moi face à ce qui survient, même quand ce qui se passe en moi c’est un non-accueil total ».

D’où ce texte que je livre aujourd’hui, qui conjure une envie d’écrire pour accepter et accueillir les sentiments d’anxiété, d’impuissance, qui me traversent, et que je reconnais avoir malheureusement entretenu durant les derniers jours (autre citation intéressante : « Vous ne pouvez pas empêcher une mauvaise pensée de vous traverser l’esprit. Mais vous n’avez pas besoin de prendre une chaise pour l’inviter à s’asseoir » – B Klingsolver).

Je termine avec un extrait de « Conversations avec mon chat » d’Eduardo Jauregi, qui me fait toujours beaucoup de bien à relire (c’est une chatte qui parle à sa maîtresse).

CELA c’est ce qui est en train d’arriver. Et non toutes ces pensées qui se bousculent dans ta tête. Ou, pour être exacte : EN PLUS de toutes ces pensées qui se bousculent. Observe. Renifle. Sens. Ecoute. La vie recommence à chaque instant, aussi neuve qu’à l’origine des temps.

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