De la décroissance à la collapsologie

Image : Resilience – Jeffrey sur Flickr – CC-BY-ND

Il y a quelques semaines, j’ai été interviewé.e par une doctorante dans le cadre d’une enquête sur l’éco-anxiété. Qualifiée de « mal du XXIe siècle », l’éco-anxiété se caractérise par un état anxio-dépressif dû à la crainte des bouleversements climatiques.

Je suis en effet atteint.e quotidiennement par les alertes de bouleversements (environnementaux mais également sociaux, comme les violences policières et la montée des inégalités) que je lis dans les journaux. J’ai ralenti mon utilisation des réseaux sociaux au fil des années et des mois mais j’ai du mal à me couper de l’actualité et celle-ci me fait peur.

Mon chemin vers la prise de conscience et l’acceptation que je n’aurai pas une vie aussi matériellement confortable que celle de mes parents, et qu’il en sera probablement pire pour mes enfants, ne date pas d’hier.

En 2011, j’ai découvert via feu le magazine Terra Eco, les concepts de simplicité volontaire et de décroissance. Convaincue par mes lectures de Serge Latouche, Dominique Loreau et Ivan Illich, j’ai associé les deux dans une démarche de réorientation de ma vie, des mes ressources et de mon temps : passage à temps partiel et renonciation à une carrière (alors que j’étais le seul revenu de la famille) ; refonte générale de mon mode de consommation au quotidien (moins d’objets, moins de neuf, moins de transports, plus de végétal, réduction des déchets…). Jeune parent, j’adopte les couches lavables, l’allaitement, les écharpes de portage, etc. Je m’attache à élever mes enfants en lien avec l’adage « Il en faut peu pour être heureux« . Je vote pour le Parti de la Décroissance aux élections européennes de 2014.

J’étais alors encore convaincu.e qu’il suffisait de diffuser les idées de décroissance pour changer les choses. Que je pourrais inspirer les autres par l’exemple. Que si un.e privilégié.e comme moi dépensait moins, polluait moins, cela serait comme une respiration pour d’autres, ailleurs sur la planète… et que j’étais donc quelqu’un de bien. Douce illusion bobo, diraient certains.

Presque 10 ans plus tard, les indicateurs environnementaux et sociaux sont encore plus rouges. Un test de mon empreinte écologique sur le site WWF – Suisse me félicite car je ne consomme « que » 1,45 planète, à peu près l’équivalent d’un habitant du Pakistan. C’est trop mais on me félicite quand même. Et cela me fait vraiment peur.

En 2018, plusieurs ruptures dans ma vie personnelle et professionnelle apportent de l’instabilité dans ma vie et mettent ma santé et mon équilibre mental en péril. Peut-être est-ce à ce moment-là que je me suis vraiment trouvé disponible psychologiquement pour accepter l’idée d’un effondrement. Je l’ai signalé à la doctorante qui m’a interviewée : sans doute est-il plus facile d’envisager la disparition d’un monde et d’un système quand on se sent par ailleurs en décalage et fragilisé.e par celui-ci.

En 2019, quand je me pose pour la première fois sérieusement la question de l’effondrement, je n’ai donc pas besoin de lire le premier livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Comment tout peut s’effondrer. J’en connais déjà les arguments. Ce sont les mêmes que ceux que j’ai lus chez les décroissants quelques années plus tôt. Je m’attèle directement à la lecture de sa suite : Une autre fin du monde est possible…. qui ne me rassure guère, car je me sens peu armée actuellement pour vivre une « suite du monde » sereine.

Le livre de Corinne Morel-Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, me convainc davantage. J’y retrouve mon cheminement personnel et mes questionnements de toujours: en particulier les principes de « ne pas nuire », et de « refuser de parvenir », auxquels s’ajoute la notion de « dignité du présent », qui m’interpelle.

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