Peur de travailler avec un mec blanc cishet

Je viens d’apprendre qu’un nouveau collègue avec qui je vais devoir travailler étroitement est un homme blanc cishet de mon âge, avec une belle carrière derrière, lui, 2 enfants etc…

Avec ce qu’il faut de caution de gôche (un peu de bénévolat il y a dix ans) mais surtout un passé de chef d’équipe et/ou directeur.

D’abord je suis surpris.e, car je n’imaginais pas ce profil-là dans un milieu professionnel habituellement très féminin. Et il est clairement surqualifié pour le poste (tout comme moi pour le mien, au fait 🤔).

Deuxième réaction : la diversité, c’est bien. Et s’il a des compétences on pourra avancer sur les projets, youpi!

Troisième réaction : j’ai peur.

Mais pourquoi?

Et là me reviennent le fait que chaque fois que j’ai eu à faire à ce type de profil dans mon boulot, ça s’est mal passé… Quel profil?

Celui du dominant en costume.

J’arrive à comprendre et à composer avec les cheffes qui en veulent, car je suis passé.e par là aussi ; et que je sais que c’est dur de s’imposer au travail en tant que une femme (d’ailleurs, je n’ai pas réussi). Je sais qu’on peut se retrouver coincée dans l’injonction de jouer le jeu (j’ai pas pu le jouer jusqu’au bout). Une partie de moi s’identifie à ces femmes-là…

Conséquence : quand elles sont injustes, médiocres ou stupides dans leur cheffitude, je peux m’imaginer à leur place, leur trouver des excuses, leur pardonner.

Pas de problème non plus avec les hommes qui ont pris des distances avec ce rôle de dominant et préfèrent se montrer discrets au travail, n’en faisant pas plus qu’il n’en faut.

Mais là, si je me retrouve face à un de ces pseudo mâles alpha qui prend toute la place et te mansplaine ton quotidien, inconscient de toutes les dynamiques de domination sous-jacentes dont il est l’heureux bénéficiaire, persuadé d’être le héraut des bonnes valeurs et un exemple de progressisme alors qu’il n’a pas commencé le dixième du quart du début d’une déconstruction, convaincu d’être un modèle de douceur alors qu’il n’est que violence masquée, diffuse, systémique… un parangon de masculinité toxique, quoi…

… je sens que ça va être dur, super dur. Parce que j’ai déjà vécu ce genre de relation au travail, j’en ai bavé, et j’en porte encore les cicatrices.

Peut-être que je me fais des idées. Je l’ai croisé 10 secondes et j’ai vu son CV, c’est tout.

N’empêche… je crois qu’un nouveau stage d’autodéfense féministe (mentale, verbale, émotionnelle) ne sera pas du luxe.

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