La CNV, un outil au service de la convergence des luttes

Photo : « Giraffes crossing » by Orientalizing sur Flickr CC BY-NC-SA

Quelle joie de découvrir, dans le dernier épisode d' »Ouvrez les Guillemets » d’Usul et Cotentin, un balayage sur différentes luttes (sociales, écologistes, antiracistes…) de l’année écoulée, présentées comme un tout qui ferait sens. Avec la cerise sur le gâteau en post-générique, quand l’un des invités préconise sagement aux trentenaires de « continuer à se déconstruire ».

Moi qui culpabilisais de passer plus de temps à lire et à visionner des vidéos qu’à agir, me voilà assez rasséréné.e par cette proposition qui correspond bien à ce que je fais au quotidien (hé oui, je suis trentenaire aussi).

Ayé, j’ai trouvé ma nouvelle vocation, le rôle que je pourrais avoir dans les luttes en cours : facilitatrice de déconstruction et de convergence des luttes. La déconstruction, ça pourrait se faire par la zététique, la communication non-violente aussi… Je découvre cette idée, ça reste à creuser.

Convergez qu’y disaient!

Pour la convergence des luttes, c’est une idée que j’ai en tête depuis longtemps, mais c’est une autre paire de manches. Je suis toujours très désappointé.e quand je vois les tenants d’une lutte en démolir ou mépriser les acteurs d’une autre. Ainsi tel Youtubeur anarchiste et deep-écologiste, au demeurant très inspirant, qui évoque avec un certain sarcasme les EELV lyonnais qui veulent végétaliser la ville. Tel autre Youtubeur qui promeut la permaculture en l’opposant au mouvement végan qui selon lui en serait intrinsèquement antagoniste (ça reste à prouver). Ou Laure Noualhat dans son pourtant très chouette bouquin « Comment rester écolo sans devenir dépressif » qui, dans un passage hallucinant, imagine des procès intentés contre les individus qui circuleraient en SUV ou feraient trop d’enfants (oui, avec mes trois enfants et l’envie d’en avoir un quatrième, je me sens un peu visé.e j’avoue). Pas de PDG de multinationale au banc des accusé.e.s… Ce passage m’a mise très mal à l’aise, car je ne comprends pas cet acharnement sur les individus quand elle précise ailleurs dans son texte que c’est un problème global de société et de modèle économique.

Je recommande pourtant chaudement l’ouvrage. Il se termine d’ailleurs sur la même conclusion que beaucoup d’autres livres sur l’effondrement et la transition (cf. Pablo Servigne, Corinne Morel-Darleux, Cyril Dion…) : l’importance de promouvoir et d’inventer d’autres récits, d’autres croyances, et de développer des compétences psychologiques, relationnelles qui seront indispensables pour accompagner les luttes à venir.

Bref, si on veut pouvoir agir ensemble, il va bien falloir apprendre à s’écouter les uns les autres, à comprendre ce qui en nous nous faire réagir de façon parfois inappropriée, et enfin à s’exprimer de façon à la fois assertive et inclusive… La CNV (Communication Non-Violente) pourrait faire partie de la boîte à outil des militant.e.s (sans obligation, et parmi bien d’autres outils utiles bien sûr).

Pourquoi la Communication Non-Violente?

Qu’est-ce qui fait pour moi son intérêt? Eh bien, si le monde de la CNV ne s’assume pas comme anarchiste, il promeut « l’horizontalité » dans les relations humaines, ce qui pour moi est assez proche! De fait, la Non-Violence implique naturellement la remise en cause des dominations. Par ailleurs, la distinction que fait Marshall Rosenberg dans son approche entre d’une part, nos besoins universels, qui doivent être reconnus de façon inconditionnelle et d’autre part, les stratégies, croyances sur lesquels nous nous appuyons pour les nourrir et qui peuvent être repensées, inventées, bousculées… Cette distinction est un formidable point de départ propice à la déconstruction et à la remise en cause de soi et du monde. L’ancrage dans les besoins comme étant des éléments fondamentaux de la dignité humaine évite l’écueil du relativisme moral, tout en permettant de comprendre que beaucoup de choses que l’on croyait indispensables relèvent en réalité de la croyance et de la stratégie, qui peuvent être déconstruites et réinventées à l’infini. A partir de là, il est possible de comprendre des points de vue multiples et d’être plus empathique et plus tolérant, tout en reconnaissant la possibilité de dire « non » et de mettre des limites!

Je souhaite donc faire ma part en apportant cet outil-là dans des groupes de bénévoles associatifs, militants etc qui seraient intéressés. C’est pourquoi je continue à me former à cet outil, dans l’idée de suivre ensuite la formation de formateur/trice et d’en faire (si possible) mon métier.

Ce virage professionnel serait ma contribution de colibri à moi pour le « monde d’après ». En m’appuyant sur les trois pieds du tabouret évoqué par Laure Noualhat dans son livre, je veux

  • lutter : en allant manifester (parfois), en signant des pétitions (un peu plus souvent), en m’informant sur les luttes en cours et en les relayant (régulièrement), et surtout en soutenant financièrement des collectifs et des associations (cf. l’altruisme efficace)
  • créer des alternatives : en élevant mes enfants différemment, en poursuivant ma démarche écologiste et antispéciste, en changeant de métier
  • changer de conscience : en poursuivant ma déconstruction personnelle … et en me donnant du temps et de la disponibilité pour cela.

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