
Je suis assez bouleversé.e par les violences policières racistes, aux Etats-Unis mais aussi et surtout en France, avec ce décalage qui me scandalise entre les témoignages et vidéos que je vois sur Twitter d’une part, et le traitement qui en est fait dans les médias français d’autre part.
Si on y ajoute cette bande-annonce du documentaire d’ARTE « Tous surveillés : 7 milliards de suspects« , qui évoque la Chine, et que je me sens bien incapable de regarder en entier… et le reste de l’actualité… me revient ce sentiment de vivre en pleine dystopie. Je suis angoissé.e et anxieuxse au quotidien, dès que je me connecte au monde (actualités, environnement professionnel) et que je sors du merveilleux cocon qu’est la vie au sein de mon couple. Sinon, je me promène, je fais du jardinage, de la couture, lis des livres à mes enfants, je vis au ralenti mais je vis.
Quand la réalité de l’extérieur me rattrape, je me sens totalement démuni.e. Je n’ai pas d’énergie à donner aux autres et je le vis mal. Je ne me sens pas en capacité d’agir pour défendre les personnes opprimées par ce système, ni pour apporter du changement. J’ai l’impression que tout ce que je peux faire en ce moment, c’est essayer de me protéger moi. Alors que j’ai déjà une vie privilégiée!
Une formation de Communication Non-Violente que j’ai suivie il y a 6 mois m’invitait à « dépasser mes croyances limitantes« . J’ai travaillé sur la croyance « je n’ai pas le droit d’avoir plus que les autres ». Tout au long du travail de 3 jours avec le groupe, j’ai fait émerger une nouvelle croyance pour la remplacer : « je donne à ma mesure« .
Cette nouvelle croyance semée en novembre dernier grandit en moi, mais je m’aperçois qu’elle cohabite aujourd’hui avec la première, qui n’a pas disparu et reste encore souvent présente. L’ancienne croyance continue de m’apporter des choses : elle me permet de me connecter à ce que vivent les autres, elle me permet de me sentir comme une partie souffrante de l’humanité. Mes pauvres retweets indignés et empathiques me laissent ainsi croire quelques instants que je suis connecté.e à plus grand que moi, tout en épuisant mes ressources psychologiques et mentales.
La nouvelle croyance me préserve en m’invitant, tel Candide, à « cultiver mon jardin », au risque d’accentuer, quand je me reconnecte au monde, ce sentiment de décalage.
Au début de l’hiver je m’étais dit que c’était normal, de prendre soin de moi, que je reprendrai ainsi des forces pour militer plus tard. Que je n’étais pas encore remise de mon burn-out professionnel et que je faisais une pause, pour continuer de me ressourcer, avant de retrouver l’élan de contribuer à la transformation du monde. Le livre de Mona Chollet, Chez soi, que j’ai relu durant le confinement, m’a rappelé que rester chez soi à ne rien faire était aussi, quelque part, dans le monde dans lequel nous vivons, un acte de résistance et de transgression.
Mais une autre lecture récente et inspirante, celle de Damasio, me rend perplexe. Soyons honnêtes. Selon ses critères à lui, la vie que je mène en ce moment est celle d’un zombie.


Personne n’est aliéné, ce n’est pas vrai. Il n’y a pas d’aliénation! Ce n’est pas le critère qui décide de la valeur des vies qu’on mène. Le vrai critère, c’est la vitalité. C’est être capable de bondir, de s’arracher sans cesse à soi-même pour créer, s’accroître, devenir autre, et autre qu’autre, sans cesse. Sentir le neuf.
Alain Damasio, La Zone du Dehors.
Pourtant, aujourd’hui mes forces ne reviennent pas. Je ne peux bondir et encore moins m’accroître. Et j’ai l’impression de vivre un burn-out de militant.e avant même d’avoir commencé à militer.
J’ai ajouté le dernier livre de Laure Noualhat sur ma liste de lecture en tout cas!

Salut ! Comment ça va depuis la rédaction de cet article, et où en es tu dans ces réflexions ?
Bon moi je trouve que les héros de la Zone du dehors sont quand-même super condescendants, égo centrés (on fait la révolution à 5 leaders même si on est anarchistes, ben ouais on va quand-même pas aller parler aux gens, ces moutons), et leurs discours m’ont souvent horripilé dans le livre aha ! C’est toujours facile de parler de l’aliénation et de l’apathie des autres, mais c’est plus dur de s’engager dans un travail au long cours pour créer des solidarités, et des résistances collectives. Elles existent un peu dans le bouquin, mais c’est vraiment les héros magnifiques et puis une masse anonyme à côté. Bref tout ça pour dire qu’il faut pas se laisser impressionner par ce type de personnage je pense !
De mon côté je pense que c’est normal cette sensation de submersion avant de commencer même à militer, c’est normal parce que c’est une période d’accélération de prise de conscience, on bouillonne tout le temps, on a l’impression de jamais faire assez… Dans tous les cas on a besoin de se protéger un peu du flux d’actu régulièrement, de prendre soin de soi, et puis à un moment on trouve l’engagement qui nous convient, qui est forcément un engagement limité, ciblé, mais c’est concret et ça nous fait du bien
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Bonjour! Merci pour ce retour sur la Zone du Dehors… depuis j’ai aussi lu la Horde du Contrevent et j’ai été aussi un poil agacée par le côté héroïque et exceptionnel des personnages…
Je suis donc plutôt en mode « Chez soi », physiquement (reconfinement oblige) comme psychiquement (je panse mes plaies, je me renseigne beaucoup mais je n’agis pas). Il y a peut-être aussi quelque chose qui se joue autour de l’éducation des enfants, comme si je tentais de passer le relais à la génération suivante, à défaut d’avoir la force d’agir moi-même…
à suivre donc! en attendant, je m’en vais découvrir ton blog! je te suivais déjà sur Twitter mais je n’avais pas remarqué le blog. Et félicitations pour le boulot que vous faites à la revue Ballast aussi
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J’ai lu La Horde y’a quelques années et je pense que je ne le relirai pas car sur le coup j’avais adoré mais j’aurais peur d’être déçue à présent..
Prends soin de toi en tout cas, y’a pas à culpabiliser de rester chez soi et de prendre soin de sa santé mentale aussi. Et ensuite sur l’engagement, il y a différentes façons d’aider et de s’investir, tout ne se passe pas en permanence dans la rue, dans des actions de désobéissance civile ou en manifestation.
Pour le blog il faut dire que je l’ai un peu délaissé alors c’est normal qu’il soit pas très visible hum hum
(Et merci pour Ballast ! )
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